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IMG_2238« Nos progrès en tant que nation dépendront de nos progrès en matière d’éducation (…) », disait l’ancien président américain John Fitzgerald Kennedy. Le système éducatif haïtien, déjà affaibli par les dictatures et l’insécurité politique, peine encore à se relever du séisme de 2010 qui n’a fait qu’aggraver une situation déjà précaire, selon le Groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF), fondé en 2010 par René Préval.

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a vu son dispositif presque anéanti en subissant de nombreuses pertes humaines et des dommages évalués à près de 627 millions de dollars américains. En tout, 4 000 écoles auraient été détruites ou gravement endommagées, touchants des centaines de milliers d’enfants.

Aux taux élevés d’échec scolaire et de déperdition (redoublement ou abandon), s’ajoute une défaillance de l’encadrement et de la régulation du système de mécanismes de suivi, de contrôle et d‘évaluation ainsi que dans l’application des normes, lit-on dans le Plan opérationnel 2010-2015 du MENFP. En 2010, 88 % des écoles du pays étaient non-publiques et 85.4 % des enseignants de l’école fondamentale ne possédaient pas les qualifications nécessaires à l’exercice de leur fonction. Pour pallier à cette situation, le gouvernement a mis sur pied une série de mesures afin de réformer le système.

Ayant l’éducation fondamentale à cœur, le Programme de coopération volontaire canadien (PCV) offre un appui technique depuis 5 ans afin de contribuer au renforcement des capacités du Ministère et de quelques Directions départementales. « Nous travaillons surtout au niveau de la gouvernance de la direction de l’enseignement fondamental du ministère de l’Éducation, des départements de l’Artibonite et du Sud-Est. C’est à partir de leurs priorités et de leurs besoins que les mandats de nos coopérants volontaires sont élaborés », explique Christiane Bruyère, coordonnatrice régionale du Bas-Artibonite et responsable du secteur Éducation fondamentale du PCV.

Dans les Écoles fondamentales d’application et centres d’appui pédagogique (EFACAP), particulièrement dans les départements ciblés, l’appui du PCV se situe surtout dans la formation et l’accompagnement du personnel enseignant et des directions d’école. Selon elle, « il s’agit d’un travail de longue haleine parce qu’il faut transformer les pratiques pédagogiques et de gestion, et accompagner les partenaires jusqu’à ce que ces pratiques soient intégrées dans leur quotidien. »

« En ce moment, nous travaillons de près avec 3 directions techniques du MENFP pour faire accréditer et homologuer les 5 modules de formation en sciences expérimentales élaborés dans le Sud-Est à l’ÉFACAP de Meyer. Cette reconnaissance permettrait aux professeurs qui ont suivi et réussi cette formation de se mettre à niveau pour obtenir leur permis d’enseigner comme le veut la mesure no 1 du ministre Manigat », poursuit-elle. Les résultats obtenus dans le Sud-Est par les élèves de 6e année aux examens nationaux de juin 2014 incitent à utiliser ce matériel pour répliquer la formation du personnel dans l’Artibonite à partir de janvier 2015.

Satisfait de ces modules, le MENFP les a même présentés à la Foire internationale du livre d’Haïti qui avait lieu à Port-au-Prince en décembre dernier. « Il semblerait même que le Ministère veuille répliquer les modules de formation que nous avons développés ailleurs dans le pays. C’est un bon signe ! », confie fièrement madame Bruyère.

Aux yeux de monsieur Volvick Germain Charles, directeur de l’appui à l’enseignement privé et du partenariat, le MENFP a la chance d’avoir le soutien de gens compétents en éducation, dont les conseillers volontaires du PCV, qui mettent au service d’Haïti leur savoir-faire. « Ils ne viennent pas pour dire ce qui est bien ou non, mais pour travailler à l’amélioration de la qualité de vie d’Haïti. ». « Les Haïtiens connaissent mieux que nous les solutions qui peuvent s’appliquer dans leur pays. On les accompagne, mais les décisions viennent d’eux, explique madame Bruyère. Ce que l’on veut, c’est agir directement sur les compétences des gens pour qu’ils utilisent les outils mis à leur disposition. Notre objectif ultime, c’est que les élèves reçoivent un enseignement de qualité. »

En plus d’accompagner le Ministère dans la formation du personnel enseignant et de directions d’école, le PCV a également supporté le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), mis en œuvre par le gouvernement haïtien. « Ils nous ont aidés en français, en sciences expérimentales, et l’un des conseillers a même créé un outil de gestion et de planification pour la direction départementale. » souligne M. Charles. « Ils ont également mis en place un programme accéléré pour certains enfants. Leur aide a permis de rendre ce programme plus accessible et de meilleure qualité. »

Actuellement, l’appui apporté par le PCV au fil du temps porte des fruits. La Direction générale du Ministère serait particulièrement intéressée par les résultats atteints à l’ÉFACAP des Gonaïves en Artibonite avec les coopératives scolaires. Il s’agit d’un modèle qui pourrait inspirer la stratégie nationale du ministère pour l’implantation des coopératives scolaires dans toutes les écoles nationales. « C’est pourquoi les coopératives figurent désormais dans l’organigramme de la Direction de l’enseignement fondamental. », soutient madame Bruyère.

Un appui considérable a également été donné en formation et en utilisation des XO. Libérés par leur direction d’école respective, les 4 membres de la cellule didactique offrent des cours d’informatique à plusieurs centaines d’élèves de la 2e à la 6e année leur permettant de développer de nouvelles connaissances informatiques et d’apprendre à travailler ensemble en unissant leurs efforts. Cette cellule didactique permet d’offrir un modèle à leurs collègues de l’ÉFACAP de Meyer et de participer à des échanges entre pairs avec la cellule didactique de St-Marc.

Mais de nombreux efforts restent à faire. Sachant que le PSUGO devrait permettre à 1.5 millions d’enfants d’aller à l’école, il semble important de continuer les efforts en matière de renforcement des compétences en enseignement. « 85 à 90 % des jeunes vont à l’école maintenant, donc le PCV est vraiment d’un soutien primordial pour renforcer la qualité de l’enseignement avec le renforcement des capacités des enseignants », déclare Denis Cadeau, directeur général du MENFP, « En bout de ligne, c’est l’avenir de la nation dont il est question. »

 

– Le PCV est un programme canadien mis en œuvre par un consortium de quatre organisations (CECI, Entraide universitaire mondiale du Canada, Fondation Paul Gérin-Lajoie et SACO-CESO), grâce à un appui financier du Ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement (MAECD) du Canada. –

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Fondée en 2000 par Mesac Philogène, l’Association des Couturières et Tailleurs des Gonaïves (ACOTAG) compte aujourd’hui 39 chefs d’atelier et 312 tailleurs et couturières à travers tout l’Artibonite. Parcours d’un homme qui s’affranchit de son destin et de celui de centaines de jeunes vulnérables.

À ce jour, l’ACOTAG a formé plus de 300 jeunes, issus de milieux défavorisés, en couture industrielle, sérigraphie et en perlage. En plus de contribuer à la création d’emplois aux Gonaïves, l’ACOTAG vise le développement d’une économie sociale et solidaire.

S’il est entré dans l’univers de la couture à 12 ans par l’entremise d’un cousin, c’est en travaillant à Port-au-Prince qu’il fit la connaissance de Hans Garoute de l’INDEPCO, qui devint alors son mentor en lui apprenant toutes les notions de la couture. M. Philogène prit à son tour sous son aile, en 1996, un jeune homme, Robenson Joseph, qui deviendra au fil des années le designer de l’ACOTAG. Quelques années après l’ouverture d’un local à l’école professionnelle des Gonaïves par l’INDECPO, M. Philogène a créé l’ACOTAG, une agence régionale d’INDEPCO.

Aujourd’hui, substitut commissaire du gouvernement à la Cour d’appel des Gonaïves et fondateur de l’Association, Mesac Philogène affirme que la couture lui a permis de tracer son chemin en lui donnant les moyens de ces ambitions. « J’ai une dette envers la couture. C’est grâce à elle que j’ai pu payer mes études ».

Appuyée dans le cadre de projets financés par le Programme de coopération volontaire du Canada (PCV), la MINUSTAH, et par ses propres revenus, l’ACOTAG offre à son tour une série d’opportunités à des jeunes issus de quartiers populaires, recrutés dans la rue, mendiants, ou en prison. « Ce sont souvent des jeunes impliqués dans des cas de violence, mais pourvus d’un potentiel énorme », explique Mesac Philogène. Une fois recrutés, ils sont ensuite encadrés. Ils reçoivent une formation en couture de base et une séance de formation psychosociale en vue de faciliter leur intégration sur le marché du travail.

Selon Jean Garry Noel Jeune, un jeune tailleur formé par l’ACOTAG, la force de celle-ci, c’est le service qu’elle rend à la population. « Ici, nous avons tous les mêmes droits et le même traitement. Il n’y a pas de racisme ou de discrimination. Ils nous offrent la possibilité d’apprendre un métier. Un métier qui peut nous donner les moyens d’assurer notre survie et celle de notre famille ». Aux yeux du formateur Dervil Vilcius, « C’est l’équipe qui fait la force d’ACOTAG ».

Il est également possible de grimper les échelons au sein d’ACOTAG. M. Vilcius en est un exemple. Formé par l’INFP, il est membre d’ACOTAG depuis 2000 et membre de l’INDEPCO. Il est maintenant chef d’atelier. « Nous sommes forts de presque 15 ans d’expérience en matière d’enseignement, de passation du savoir », soutient-il fièrement. « Les jeunes apprennent de zéro et on leur montre tout. De l’utilisation des machines pour coudre des chemises à la confection des pantalons. Tout ça en seulement quatre mois ».

Dans un discours rassembleur prononcé lors de l’ouverture officielle de la salle d’exposition aux Gonaïves en novembre dernier, monsieur Philogène a rappelé l’importance de produire localement. « Nous sommes 10 millions d’Haïtiens, nous pouvons produire nous-mêmes et générer de l’argent nous-mêmes », plaide-t-il, reconnaissant l’apport de certaines organisations à leur réussite, dont le PCV qui leur a permis de se perfectionner au fil des ans.  Par l’appui de conseillers volontaires et grâce à un échange Sud-Nord visant l’apprentissage de nouvelles techniques de couture, ils ont pu suivre au Canada de nombreuses formations destinées, entre autres, à la production en série, et à maîtriser la technique du choix et de la coupe du tissu. C’est d’ailleurs grâce à un de ces partenariats que l’idée est venue de lancer la ligne de vêtements Haïtien Genius SA maintenant disponible à la salle d’exposition des Gonaïves, dans certaines boutiques d’artisanat de Port-au-Prince, et  dans certains hôtels de la Côte des Arcadins.

Ce partenariat a également permis une sensibilisation à la préservation de l’environnement et un changement de mentalité. « Plusieurs actions et engagements concrets ont été pris. Des changements fondamentaux ont été effectués », avance M. Philogène. Les morceaux de tissus autrefois jetés servent désormais à faire des oreillers. De plus, au quotidien, des assiettes et coutelleries réutilisables et lavables sont utilisées au lieu de plats de styromousse (fait de polystyrène) qui prennent jusqu’à 1000 ans pour se biodégrader.

Plusieurs séances d’information et de sensibilisation ont également été mises en place afin de contrer la violence et l’inégalité envers les femmes. « Je suis fier aujourd’hui de pouvoir dire qu’il y a maintenant 50 % de femmes qui travaille à ACOTAG », s’enorgueillit M. Philogène.

Modèle d’engagement, Mesac Philogène tient le développement de sa ville et de sa région à cœur. « Il est primordial d’apprendre aux jeunes à cultiver localement et il est important de participer à la création d’emplois. Pour protéger le pays, on doit créer notre propre richesse. Il y a des commerçants qui achètent et revendent, mais il n’y a pas réellement de création de richesse. L’ACOTAG est là pour former les jeunes et ouvrir une nouvelle voie à la jeunesse, pour bâtir ensemble. C’est ça la force même d’ACOTAG ».

Le PCV est un programme canadien mis en œuvre par un consortium de quatre organisations (CECI, Entraide universitaire mondiale du Canada, Fondation Paul Gérin-Lajoie et SACO-CESO), grâce à un appui financier du Ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement (MAECD) du Canada.

 

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PCV ChristianMis en oeuvre par un consortium de quatre ONG (Centre d’étude et de coopération internationale, l’Entraide universitaire mondiale du Canada, le Service d’assistance canadienne aux organisations et la Fondation Paul Gérin-Lajoie), le Programme de coopération volontaire (PCV) appuie des partenaires haïtiens pour qu’ils soient en mesure d’offrir des meilleurs services aux populations concernées. Ce Programme est mis en œuvre grâce à un appui financier du ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement (MAECD). Le rôle du PCV est d’envoyer des conseillers et conseillères canadiens qualifiés pour répondre à des besoins identifiés par les partenaires locaux en Haïti en matière de gouvernance, d’éducation et de développement économique. 2015 sera la dernière année de la deuxième phase de ce programme, l’occasion de montrer quels sont les résultats de cette coopération Nord-Sud.

 Parmi les nombreux partenaires haïtiens du Programme de coopération volontaires dans la composante « éducation », il y a l’Institut national de la formation professionnelle (INFP). Cette direction déconcentrée du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) joue un rôle central dans le développement de la formation technique et professionnelle (FTP) en Haïti. Nous avons rencontré Christian Duplan, interface de l’INFP auprès du PCV pour le Sud-Est. Il est également le directeur de la seule école publique du Sud-Est et préside le Conseil de Concertation en Formation Technique et Professionnelle du département du Sud-Est. Supporté par le PCV, avec un groupe de travail, il a travaillé avec conviction, à l’amélioration de la qualité de certains programmes, de la pédagogie et de la gouvernance du secteur pour le Sud-Est :

« Avant l’arrivée du Programme de coopération volontaire en Haïti, les formations professionnelles et techniques dans le Sud-Est étaient  presque oubliées et très peu mises en valeur. Si aujourd’hui ce secteur est en plein essor, c’est grâce au soutien sans faille du PCV. Il y a presque 5 ans, nous avons fait, avec l’équipe du PCV, un état des lieux et développé un plan d’intervention pour relancer le secteur de la FTP au Sud-Est. En Haïti, il y a un vrai besoin de main d’œuvre dans certains secteurs professionnels et encore plus d’une main d’œuvre haïtienne qualifiée. Avec l’aide et le soutien du PCV, nous avons mis en place des mécanismes pour développer un lien entre les différents acteurs du milieu pour ainsi assurer une meilleure coordination. Nous avons mis en commun nos connaissances pour augmenter notre champ d’action et valoriser la FTP le plus efficacement possible. Un comité de travail composé de centres de formation professionnelle publics et privés, s’est formé pour travailler sur l’aménagement des programmes de formation, sur la promotion et la valorisation des formations pour lesquelles la qualification de la main d’œuvre se révèle essentielle dans la région. Ce comité a notamment donné naissance au Conseil de concertation en FTP pour le département du Sud-Est qui lui, regroupe toutes les parties prenantes en FTP ».

Ce Conseil valorise et fait la promotion de la FTP. Il défend ses intérêts, mobilise tous les acteurs concernés, analyse les perspectives, propose et/ou met en place des solutions qui correspondent aux besoins du secteur et aux besoins économiques du département. Tout ce travail mis en place par le Conseil est rendu possible grâce à ses membres. Parmi ses membres, on retrouve les différents ministères haïtiens, des acteurs de la société civile mais aussi des associations de femmes pour développer l’accès des formations à ce public. Depuis sa mise en place, le secteur de la formation technique et professionnelle dans le Sud-Est connait un regain d’intérêt par les jeunes. Christian Duplan explique qu’il y a eu un vrai travail de sensibilisation auprès des parents et du grand public pour redorer l’image de la FTP. Quelques entrevues ou émissions de radio, par exemple, expliquent ce qu’est la FTP, en font l’éloge et décrivent comment ces formations permettent aussi au pays de se développer. « Le PCV nous a donné les outils pour analyser ce qu’il fallait améliorer pour relancer les formations techniques et professionnelles » ajoute Christian.

Aujourd’hui, le nombre d’inscrits dans les centres de formations a augmenté et les jeunes ont de meilleures chances de trouver un emploi. Christian explique que ce résultat a été possible grâce à l’étude de marché menée pour identifier les secteurs porteurs d’avenir où il existe une demande en main d’œuvre qualifiée. « Il faut savoir que les jeunes représentent 60% de la population totale en Haïti. C’est pour ça qu’il est important de faire quelque chose pour eux. Consolider ces formations c’est une manière de les aider. Cela passe par la qualité de l’enseignement, l’accessibilité de ces formations et leur valorisation. Nous travaillons pour cette jeunesse-là. On trace une voie pour les aider au niveau de l’emploi et de leur avenir.

L’avenir des jeunes c’est l’avenir du pays et son développement. Le PCV nous a outillé à y arriver et a démontré que cela était possible avec la volonté et l’engagement des acteurs haïtiens du secteur de la FTP ».

Les résultats obtenus, dans le cadre du Programme, pour relancer le secteur de la formation technique et professionnelle dans le Sud-Est seront mis en avant à IVCO, la conférence annuelle du volontariat international, du 19 au 22 octobre, à Lima (Pérou). Christian Duplan et Léonel Garnier, chef de projet du PCV en Haïti, feront des présentations à l’intérieur d’atelier portant sur les pratiques novatrices de volontariat et de collaboration intersectorielle pour un développement économique durable. L’occasion de présenter les mécanismes de gouvernance, les outils, les moyens humains et matériels qui ont été mis en place pour la relance de la FTP en vue d’un développement social et économique durable en Haïti.

 

UN PAS POUR QUE LES JEUNES RÊVENT D’UN AVENIR PROMETTEUR EN HAÏTI

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Mis en oeuvre par un consortium de quatre ONG (Centre d’étude et de coopération internationale, l’Entraide universitaire mondiale du Canada, le Service d’assistance canadienne aux organisations et la Fondation Paul Gérin-Lajoie), le Programme de coopération volontaire (PCV) appuie des partenaires haïtiens pour qu’ils soient en mesure d’offrir des meilleurs services aux populations concernées. Ce Programme est mis en œuvre grâce à un appui financier du ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement (MAECD). Le rôle du PCV est d’envoyer des conseillers et conseillères canadiens qualifiés pour répondre à des besoins identifiés par les partenaires locaux en Haïti en matière de gouvernance, d’éducation et de développement économique. 2015 sera la dernière année de la deuxième phase de ce programme, l’occasion de montrer quels ont été les résultats de cette coopération Nord-Sud.

 Lucie Bouliane PCV EFHAprès près de 20 ans dans le milieu cinématographique, Lucie Bouliane a eu le goût de voir le monde et s’investir dans un projet qui correspondrait à ses valeurs. De rencontre en rencontre, elle décide alors de s’engager dans la coopération internationale et, en 2006, elle intègre le Programme de coopération volontaire – Haïti (PCV-Haïti). Si son premier mandat n’a duré que 4 mois, c’est finalement près de 4 ans de sa vie qu’elle a passé en Haïti jusqu’à maintenant. Cette passionnée a laissé son empreinte dans le PCV-Haïti de par son implication et sa bonne humeur.

À travers ses mandats, Lucie a travaillé à plusieurs reprises sur la question de l’Égalité Femmes-Hommes (ÉFH) et particulièrement lors de son mandat entre janvier et juin 2014. Mais pourquoi intervenir autour de cette question ? « Les jeunes ont conscience que cette question d’égalité entre les femmes et les hommes est importante. Jacmel reste une ville moderne où les gens sont connectés à Internet et ont une sensibilité sur ces enjeux. Mais il reste beaucoup de préjugés envers les femmes, et notamment en milieu rural. On part de plus loin et notre travail de la sensibilisation des inégalités entre les femmes et les hommes est important. L’action entamée par les partenaires sur le terrain depuis plusieurs années a été la clé de voute pour une sensibilisation efficace. Il y a une demande de la part des partenaires et des organisations qui travaillent autour de la condition des femmes. Ils ont des demandes précises pour améliorer leur travail et renforcer leur action. Ce sont des partenaires haïtiens qui savent de quoi ils parlent Mais il est vrai qu’un changement de comportement profond se fera sur plusieurs générations. C’est pour cette raison que ce travail de sensibilisation doit être continu et que le soutien que l’on apporte est reconnu », explique Lucie.

Basée à Jacmel, ville pleine d’histoire dans le Sud-Est d’Haïti, elle a travaillé avec de multiples partenaires comme la coordination départementale du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF), la Fédération des éducateurs et éducatrices du Sud-Est (FESE) affiliée à la Confédération nationale des éducateurs et éducatrices d’Haïti (CNEH), le Conseil de concertation en formation technique et professionnelle (CCFTP), l’ÉFACAP de Meyer (une école du réseau) et Fanm Deside. « Pour moi, l’important était vraiment d’aborder cette question de l’égalité entre les femmes et les hommes avec chacun des partenaires selon leurs activités et de voir comment chacun intégrait cette question dans leurs activités justement », précise-t-elle très vite lors de notre échange. « Le PCV a ses spécificités et traiter des questions de l’égalité entre les femmes et les hommes selon les activités des différents partenaires en fait partie. Le principal partenaire avec lequel j’ai travaillé était la Direction départementale de la Condition Féminine. Leur rôle dans la région est essentiel puisque c’est leur mission et leur rôle au quotidien de travailler sur ces questions d’égalité. Leurs actions étant axées autour de séances de formation et de sensibilisation, nous avons regardé comment mettre en place des outils toujours plus performants ». Mais l’aide apportée par le PCV dans la question de l’égalité entre les femmes et les hommes est plus vaste encore.

Lucie explique justement que le PCV a traité de l’égalité entre les femmes et les hommes de différentes façons, comme ce fut le cas lors d’un salon sur la formation et l’emploi. « Lors de cet événement, je m’occupais d’un kiosque qui traitait des métiers non traditionnellement féminins. L’objectif était de montrer et mettre en avant que les femmes peuvent accéder à certains métiers qu’on ne leur prédestine pas. C’est aussi ça l’ÉFH ».

Avec une intervention toujours plus vaste, le PCV a permis à Lucie d’intervenir également dans une école pour sensibiliser les jeunes sur les inégalités existantes entre les femmes et les hommes. « Le travail avec ces jeunes était très intéressant. C’était une école d’un réseau avec lequel le PCV travaille. On ne pouvait pas intervenir auprès de tous les jeunes alors un groupe a été constitué. On a fait beaucoup de sensibilisation mais on a aussi organisé un concours où ils devaient représenter ce qu’est la violence pour eux. Ça s’est fait autour de textes, de poèmes, et de chansons ». Elle explique que cette sensibilisation auprès des jeunes n’aurait pas été aussi efficace si tous les acteurs de cette chaîne (les parents, les élèves, les professeurs, la direction, etc.) n’avaient pas été pris en compte dans la démarche.

Humble sur l’impact de son travail sur le travail, Lucie souligne que depuis sa première venue en Haïti en 2006, les évolutions sont nombreuses. Elle ajoute que le travail continu du Programme avec les mêmes partenaires a permis, en partie, ce résultat. Depuis le début du PCV, de nombreux comités de femmes ont été mis sur pied pour favoriser une place toujours plus importante de la femme dans le milieu du travail. Le PCV a, par exemple, permis la création du comité de femmes de l’association des enseignants-tes de Jacmel (AEJ). Ce comité a été renforcé en vue d’appuyer d’autres comités de femmes et ainsi relayer le travail accompli. Depuis la mise en place du PCV, ce sont aussi des ateliers mixtes de sensibilisation et de formation auprès des partenaires qui ont permis de faire bouger les choses et faire reconnaître l’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes « Ce travail est notamment passé par des séances de sensibilisation en encourageant les femmes à prendre la parole », explique Lucie. Elle ajoute que « les personnes sensibilisées ont augmenté leurs capacités de réflexion autour des inégalités entre les femmes et les hommes ». Cette réflexion permet d’identifier des changements concrets à mener pour améliorer le statut des femmes dans leurs communautés et leurs capacités d’influence sur les décisions qui les affectent.


770 personnes en Artibonite et dans le Sud-Est d’Haïti sont sensibilisées aux facteurs qui contribuent aux inégalités entre les femmes et hommes


 

UN PAS POUR QUE LES FEMMES PUISSENT INFLUENCER LES DÉCISIONS QUI LES AFFECTENT

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p1020771 p1020773Dimanche dernier, c’était l’anniversaire de Rose-Marie, la gentille dame qui s’occupe de nous et de notre maison. Comme elle n’était pas là dimanche, nous avons décidé de la fêter lundi. Nous avons acheté une carte d’anniversaire (la seule que j’ai trouvée disait « Bonne fête marraine »). On a décidé, Bergman mon coloc et moi, que Rose-Marie était notre marraine en Haïti. Nous lui avons aussi acheté quelques chocolats.

Je me suis dit qu’il aurait été bien de lui offrir un gâteau d’anniversaire. Les hommes ici, on pourra en reparler plus tard, ne participent pas aux tâches ménagères. Rose-Marie est sceptique quand je lui dis que je fais la cuisine, le repassage et le ménage (enfin pas tout, une partie…). Je me suis donc dit que je lui ferais une surprise en lui cuisinant un gâteau. Bon, faut pas exagérer, j’ai demandé l’aide de Betty Crocker…

J’ai donc secrètement mélangé et cuit le gâteau chez Mathieu et Noémie (notre four ne fonctionne pas). À midi, Bergman a retenu Rose-Marie alors que tout le monde se rassemblait dans la cuisine chez nous. On a allumé les chandelles… Vous auriez dû voir le plaisir de Rose-Marie s’exprimer sur son visage! Elle était aux anges (mais pas le gâteau, il était aux bananes…). Je n’étais pas peu fier de mon coup! Mais le meilleur restait à venir.

Quand tout le monde a été parti, Rose-Marie m’a pris à part et m’a dit : « Merci monsieur François. Vous savez, c’est la première fois de ma vie que j’ai droit à un gâteau avec des bougies pour mon anniversaire… »

Là, j’étais zému.

François Cauchy

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